Nous en sommes à peu de choses de près au même point dénoncé (ou voulu)
par Ionesco dans la “Leçon”. Un professeur ignorant et barbare, une
élève qui n’apprend rien et ne sait rien, un cours vide de contenu mais
qui possède “du sens”, ce fameux sens rêvé par les pédagogistes. Logique
de l’absurde. Le professeur discourt savamment sur la linguistique et
la mathématique supérieure. L’élève ne comprend rien, et se laisse
détruire. Ionesco voulait dénoncer la brutalité nazie érigée en dogme
scientifique, mais ce faisant, il augurait dès 1950 cette déformation
terrible de notre temps : tout savoir imposé est fascisant par essence.
la culture européenne ne sert de rien car elle aboutit fatalement à la
destruction et à l’anéantissement de masse.
Puisque le savoir est fasciste, il faut l’éradiquer. L’élitisme est donc
banni, l’excellence brocardée. La massification de l’enseignement
repose désormais sur ce paradigme : la destruction de l’entreprise
encyclopédique, coupable de tous les maux, ce qui est en soi un immense
contre sens. Le nazisme se revendiquait barbare et refusait la culture,
“juive” par essence (rappelons cette fameuse phrase de von Schirach
sortant son revolver), brûlant l’Encyclopédie dans d’immenses autodafés.
Ce sont paradoxalement les mouvements d’extrême gauche, à la suite des
analyses bourdieusiennes, assimilant culture, connaissance au
conservatisme et donc, à la reproduction des élites, qui reprennent la thématique du savoir fascisant. Au pouvoir
depuis la fin des années 60, partout représentée dans les médias
dominants (Monde, Libération, Nouvel Observateur, et même Marianne qui
n’est pas à une contradiction prête), cette gauche essentiellement
trotskiste (en ce sens elle a réussi largement à se débarrasser de ses
adversaires directs, communistes staliniens du PCF qui eux souhaitaient
en grande partie l’élévation de la classe ouvrière au savoir, même borné
au dogme marxiste), majoritaire également dans les organes décisionnels
de l’Education Nationale et des principaux syndicats, a été à
l’initiative du collège unique, brassant une même génération dans un
désir inavouable d’éradication du savoir bourgeois. Eux seuls, en
quelque sorte, issus des lycées les plus prestigieux au savoir le plus
classique du monde, pouvait se prévaloir du “droit à la culture
classique”. Pour le reste, le bas peuple voyait progressivement le
niveau scolaire baisser jusqu’au néant le plus abyssal à mesure que se
recomposait l’identité française et occidentale en une identité
éco-citoyenne sans frontière, sans passé, sans racine, et sans espoir.
Ce sont ces gens là qui sont à mon sens les nouveaux criminels contre
l’humanité et qu’il conviendrait de juger à la juste mesure de leurs
actes.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire