Je sors d’un cours de sixième. Classe sans
histoire, moyenne correcte à 12, très bonne tête de classe, vivante, intéressée
et souvent dynamique. Mais ce matin la désillusion fut forte. Je fais étudier
les Hébreux. Alors que les Égyptiens et les peuples de la Mésopotamie ne sont
pas bien loin (un mois au plus), je demande candidement quelles furent les deux
grandes leçons précédentes. Incapables de me répondre. Ils avaient absolument
tout oublié. Se rappelaient de Ramsès II oui, mais pas de l’Egypte. Se
rappelaient du palmier dattier oui, mais pas de la Mésopotamie. Le détail mais
pas l’essentiel. Car finalement c’est ainsi qu’ils ont été éduqués par le
primaire. Acharnement sur des détails pris sans cohérence et jamais de cadre général,
jamais de structure. “La libre auto cognation”. Après avoir commencé par le
milieu naturel en Palestine, je leur fais lire a phrase suivante de mon cours :
“Les Hébreux durent défendre leur “ promise” contre leurs voisins Philistins,
Cananéens, mais aussi contre d’autres sémites restés nomades, tels par exemple
les Araméens du Nord. La langue de ce peuple était parlée par tous les
commerçants du Moyen-Orient et a été la langue du Christ”.
Certes la phrase est complexe, aussi je m’attache aussitôt à en dégager le sens
et je pose benoîtement la question suivante : “D’après cette phrase, quelle fut
la langue du Christ”. Les réponses fusent : “Grec (!)”, Hébreux “Moyen
Orient”, “commerçant”. Je m’aperçois vite que le mot “langue’ ne passe pas, je
parle alors de “langage” et j’entends comme réponse : “pêcheur” (j’ai parlé un
peu plus haut des activités des Hébreux), mais rien à voir avec la question. ..
Il a donc fallu que je fasse un cours de grammaire sur la nature et la fonction
des mots. Je me suis senti si vide… Autre chose, je fais étudier la carte de la
Palestine. Au sud la Judée, au centre la Samarie, au Nord la Galilée. Cette
dernière est donc au contact des Araméens “du Nord”. Je demande donc dans
quelle région le Christ (dont nous venons de parler de la langue natale) est-il
né, Réponse spontanée des élèves : “la Judée”…. Aucune réflexion, aucun temps
de méditation. Seule la réponse spontanée, pavlovienne, compte à leurs yeux. Et
c’est en primaire qu’ils ont pris ce pli abominable. “Mieux vaut répondre
quelque chose même faux que rien, vous apprendrez de vos erreurs” leur
serine-t-on dans les petites classes. Et nous apprenons donc à gérer tous les
jours la vacuité de leur “spontanéité”.
Je leur ai demandé de commander le BLED pour Noël et de faire 15 minutes
d’exercices par jour. Leur professeur de français, fraîche émoulue de l’IUFM
(non défunte encore Roman hélas), ne leur donne aucune note en dessous de 16,
ne fait aucune grammaire en classe et passe son temps à leur faire étudier des
poèmes.
Alors je suis en colère et je voue aux gémonies ces prétendus professeurs des
écoles, ces pédagos lamentables, ces pauvres professeurs sans aucune expérience
et sans aucune culture réelle qui osent prétendre enseigner à nos enfants. Quel
gâchis que ces 30 dernières années. Mais on sait très bien quel en est le but :
vider le cerveau des jeunes générations de tout esprit critique et de toute
compréhension du monde et les manipuler à la guise d’une “élite” intellectuelle
soixante-huitarde que je n’hésiterais absolument à juger pour haute trahison
s’il m’était donné d’en avoir le pouvoir.
ASSEZ.
ASSEZ.
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