samedi 3 décembre 2011

Assez, il faut se lever et agir, maintenant. - Archives novembre 2007 -






" Questions pour un champion." Le Pers pose une question d'histoire : En 1831, un roi de France... Il n'achève pas sa question. Une candidate, professeur des écoles l'interrompt et lance : " Napoléon III ! ".


Je viens de regarder un énième débat sur l'école sur France 5 dans l'émission Ripostes. Face à face, les deux adversaires irréconciliables de la question pédagogique : 
Les pédagogistes : Philippe Meirieu (le pape du pédagogisme), Sandrine Mazetier (la représentante des questions de l'école au PS) , et Philippe Watrelot (professeur de Sciences Economiques et Sociales)
Les chevaliers du Savoir : Marc Le Bris (instituteur résistant -Breton, évidemment -), et Alain Finkielkraut (philosophe catastrophiste patenté). 



Les premiers règnent en maître sur l'éducation nationale et les IUFM (centres de formation des profs) depuis maintenant trente ans. Leur mot d'ordre : L'épanouissement de l'enfant qui depuis sainte Dolto est une personne qu'il faut révérer. Ne tuons pas le petit Mozart qui sommeille en tout chérubin. Pour ces gens qui, disons le clairement ici, ont massacré l'école et ont laissé un champ de ruine, le savoir qui émane du professeur, le cours magistral et l'autorité sont autant de gros mots quasi fascisants. Ces adorateurs de mai 68 considèrent que le niveau n'a cessé de progresser depuis trente ans, chiffres à l'appui hurlent-ils en montrant les résultats du bac, en effet en hausse constante depuis des années. Mais ces Saint Just de la Terreur pédago oublient de préciser que le niveau du dit bac a baissé constamment depuis ces mêmes années et qu'il est exigé (nous dirons demandé fermement) aux correcteurs du bac et du brevet dès la troisième (j'en suis) une immense indulgence. Ainsi, l'orthographe et la syntaxe grammaticale dans l'épreuve français du Brevet ne peut entrer en compte dans la note finale que pour trois points. Ainsi, un élève au brevet d'histoire se livrant à un simple exercice de paraphrase sans aucune connaissance mais restant dans le cadre du sujet peut obtenir un généreux 10/18, soit la moyenne ou plus. Ainsi, une élève (que j'ai connue) ne sachant aligner deux mots dans un devoir de terminale a obtenu son bac avec 10/20. 
Ainsi donc le bac n'est plus que la vitrine sur laquelle les nez de nos élèves viennent s'écraser de bonheur persuadés que ce sésame leur offrira un emploi.

Ils déchantent vite.

Il ne reste en définitive qu'une catégorie d'élève qui réussit, et qui réussira toujours. Aujourd'hui, ces élèves du primaire au lycée sont environ 25 %. Ce sont ceux qui réussiront un bac S, le seul bac qui ne soit pas bradé et verront ces vitres s'effacer devant eux.

25 %.... Quid des 75 % restant ?

Les autres protagonistes, les chevaliers du savoir, font ce constat amer : jamais le niveau scolaire n'a été aussi bas. Les années 50 n'avait leurs minorités sociales, leurs fils d'ouvriers, leurs fils d'immigrés italiens, espagnols, portugais... la misère sociale sévissait tout autant et l'école offrait ce formidable ascenseur social qui avait permis à un fils de garagiste de devenir ministre puis président du Sénat. On savait lire en sortant du CP, on maîtrisait les 4 opérations et l'histoire de France ainsi que sa géographie en sortant de CM2. Je n'ai pour ma part jamais eu le droit d'utiliser une calculatrice avant l'année du Bac. Il est vrai que je suis un miraculé, car j'étais de la génération qui n'a pas vécu la réforme Haby de 1975. Elle m'a suivi d'un an. En 1985, je suis retourné deux ans après mon bac voir mon cher professeur d'anglais qui m'avait laissé tant de bons souvenirs. il avait vieilli de 10 ans et sortait d'une grave dépression avec internement. Il n'avait pas supporté le passage à la génération Haby. 
Sur la pression insidieuse des pédagogistes qui partaient du principe que les élèves s'ennuient à l'école et qu'il faut les distraire et non les éduquer, l'école primaire est devenue une école de bien vivre, aux expériences gustatives, sportives et culturelles multiples. Plus question de redoubler son CP si l'alphabet n'et pas maîtrisé, le cher bambin qu'il ne faut pas traumatiser aura toute sa scolarité primaire pour apprendre à lire. Vive les parcours différenciés! Ces criminels, que si il ne tenait qu'à moi, je ferais fusiller séance tenante, ou mieux, que je renverrais devant des classes finir leurs jours, sous le prétexte généreux, naïf et rousseauiste que l'enfant est un génie et qu'il possède intrinsèquement la prescience du savoir (il suffit juste de les aiguillonner vers celui-ci), et qu'il doit donc construire son propre savoir, ces criminels dis-je, ont rendu imbuvable la grammaire, en la "scientifiant " dans un jargon ubuesque pour des enfants. La division est devenue le parcours du combattant pour le sixième (oui en fait on attend désormais la sixième pour l'enseigner aux enfants). En effet, ne possédant pas la technique du calcul mental et de la multiplication (plus de par cœur, c'est totalement interdit aux primaires, vous n'allez pas les brimer ces pauvres âmes), les malheureux doivent résoudre cette opération en posant une série d'addition, et il faut pratiquement un tableau entier ou une feuille entière pour résoudre cetteà dit  déjpetite division. Les pédagogistes ou l'art de faire compliqué, enivrés par leurs trouvailles linguistiques lumineuses. Comme je l'ai déjà dit ailleurs, Molière se régalerait aujourd'hui de nos nouvelles précieuses ridicules des sciences de l'éducation. Sortent des IUFM soit des ignorants heureux (notre professeur des écoles de l'introduction), soit de futurs grands déprimés, soit même les deux.



Et pourtant, ces gens là tiennent encore le haut du pavé, la quasi totalité des Inspecteurs, des chefs d'établissements, des cadres de l'éducation nationale en sont, ils ne laisseront leur place de sitôt. Notre malheureux ministre Darcos , fin et intelligent lettré, navigue en eau trouble et tout son discours reflète un penchant pour les thèses des chevaliers du savoir. Il aura fort à faire.
Certains chantres du pédagogisme ont senti d'ailleurs le vent tourner et parmi eux le plus fameux, Philippe Meirieu qui tient désormais un langage beaucoup plus mesuré sur la question. Mais ses séides continuent son combat de plus belle (Pierre Frackowiak pour ne citer que le plus emblématique et le plus dangereux).



Il faut enfin savoir que l'immense majorité des professeurs ramassent les pots cassés. Nous faisons de notre mieux, pour recoller les morceaux, pour faire du lien social et pour rattraper les dégâts immenses de ces années de destruction. Mais à 11 ans, il est souvent bien tard pour changer les choses et entrer dans le monde merveilleux du savoir, du savoir faire et de la mémoire (dans tous les sens du terme), d'autant qu'en effet le monde a changé comme le caquètent nos précieuses. L'enfant reçoit une masse d'information qu'il ne sait ni ne peut classifier, ordonner et maitriser faute de méthode, de logique et de temps. Le monde d'aujourd'hui est un monde du zapping. Les enfants ne peuvent se concentrer plus de 3 minutes sur un thème, ils reçoivent sans cesse de nouveaux stimuli. Génération de consommateurs, toujours frustrés de ce qu'ils ne peuvent encore acquérir, jamais satisfait de cadeaux toujours plus onéreux, enfants perdus d'une mondialisation qui nous dépasse tous. Est ce une raison pour les laisser tomber? Pour les laisser au bord du chemin ? 
Il faut une nouvelle école, une refondation du savoir. Et qu'on fasse taire enfin ces Docteur Follamour de l'ignorance et du néant.
Le montagnard sexagénaire, dans sa cabane alpine, entouré de ses moutons, en voyant Questions pour un champion, lui, aura eu cette réaction : « 1831 ? Napoléon III, mais non, ca c'était Louis Philippe, Le Badinguet, lui on s'en souvient, l'empire, c'est la paix ! Tu parles, le désastre du Mexique, et Sedan ! » Il se souvenait encore ce que l'école de Jules Ferry lui avait appris. Malheureusement il n'a jamais pu s'épanouir dans les joyeuses sciences de l'Education.... 






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