Professeur en lycée et en collège depuis 20 ans dans le
public et je ne supporte plus la dégradation continuelle de nos
conditions d’enseignement. Soyons lucides :
1. La responsabilité première est familiale. Société consumériste,
jouissance immédiate, crise des valeurs, doltoïsation de la société (la
malheureuse fut souvent mal comprise), sacralisation de l’enfant qui est
devenu le centre de la cellule familiale (et du système scolaire),
médias glorifiant l’ado consommateur, le “jeune” (autre volapuk du
langage socialisant) – il suffit de voir l’ahurissant documentaire de
Canal + sur les ados ce début de semaine – et enfin mépris souvent
constaté à l’égard d’un corps enseignant qui hélas n’est pas toujours
exempt de reproche. Bien entendu, il ne s’agit pas de nier une
paupérisation sociale de plus en plus visible dans les cités et en
milieu rural (où j’enseigne).
2. La crise du primaire : je ne reviendrai pas sur les ravages de la
méthode globale (toujours appliquée dans la majorité des écoles malgré
les dénégations des “spécialistes”), mais je voudrais rappeler que le
redoublement en primaire est quasi inexistant et que les élèves ont
officiellement jusqu’à la fin du cycle élémentaire pour savoir lire et
écrire (CE2), ce qui est totalement suicidaire. Si on ajoute à cela que
l’école primaire est devenue une école de l”éveil” et non de
l’acquisition des fondamentaux (les exercices à la maison ont été très
longtemps interdits) et que fort peu de “professeurs des Ecoles”
(vocable pompeux consacrant ceux des instituteurs ayant fait allégeance à
Saint Meirieu) ne montre de goût ni d’intérêt ou simplement même de
compétence pour l’histoire, la géographie, les mathématiques, les
dictées (orthographe, sciences des ânes disent nos chers pédagogistes)
et préfèrent les ateliers cuisines, ou mener des débats stériles (peut
on débattre quand on pas encore acquis les clés du vocabulaire?). On
comprend dès lors pourquoi nous récupérons en sixième des élèves qui ne
savent absolument RIEN.
3. En effet, depuis 10 ans que je suis dans le même collège, j’ai
régulièrement demandé des sixièmes tous les deux ans. Il y a encore dix
ans, nous pouvions encore parler de la règle des trois tiers : 1/3
d’excellents élèves parfaitement préparés, 1/3 d’élèves moyens pouvant
glisser selon la gestion de la classe dans le premier tiers ou le
dernier tiers qui regroupaient les élèves “radiateurs” c’est à dire ceux
qui décrochaient très vite, faute d’acquis nécessaires. Aujourd’hui,
cette règle n’est plus. Elle est remplacée par celle des 10% : C’est le
pourcentage d’élèves en capacité de suivre le programme proposé en
collège. La moitié d’une classe est dès la sixième pratiquement perdue
pour le lycée (déjà) et décroche progressivement. On comprend dès lors
pourquoi on veut transformer le collège en abaissant considérablement
les exigences (nous avons déjà de grandes pression de notre hiérarchie
pour “adapter” nos cours et notre notation au “nouveau public”). Le
lycée est le continuateur naturel de ce gâchis immense ; le nouveau
programme des mathématiques en seconde supprime géométrie, algèbre,
déduction pour se consacrer à l’outil informatique uniquement.
4. Enfin pour terminer, tout cadre structurant a disparu de notre
univers. Le Surveillant Général est devenu Conseiller d’Education (un
conseiller conseille “ce n’est pas mon rôle de punir” me disait un des
CPE de mon collège devenu depuis principal de collège!), les couloirs et
la cour de récréation sont devenus des lieux de violence ordinaire (en
nette hausse depuis trois ans) jamais sanctionnés, les parents et mêmes
les élèves deviennent procéduriers (judiciarisation de la société
oblige). Pas de structuration externe, et aucune interne non plus : les
élèves qui vivent dans un présent éternel, cocon douillet d’où personne
ne songe à les en sortir n’ont aucune notion de chronologie, de rigueur,
et ont une paresse intellectuelle de plus en plus inquiétante (même
chez les “bons” élèves).
Je ne force pas le trait. Je constate simplement ce qui se passe dans
mon métier et j’ai décidé de ne plus être ce spectateur. Je me suis
aperçu qu’il était pratiquement impossible de changer l’Education
Nationale de l’intérieur. Nous sommes dans le règne des bureaucrates
courtelinesques. Tel principal a vu sa notation stagner pour avoir
initié trop de conseils de discipline! Tel autre, paternaliste et fuyant
envers les collègues se montre patelin et systématiquement “social”
devant les élèves perturbateurs : “Ne t’en fais pas, je ne suis pas
comme ton méchant professeur, je te comprends mon enfant” (sic!
mésaventure advenue à l’un de mes collègues).
J’ai donc pris la décision de réagir. J’ai vu souvent de la part de la gente éducative une opposition formelle au Privé, à l’uniforme scolaire
(censé brimer l’épanouissement). je répondrai que l’Ecole n’est pas
faite pour “épanouir” l’élève, il y a d’autres activités pour cela.
L’Ecole doit fournir un cadre structurant et “élever” l’enfant vers le
statut d’Homme, dans le sens d’honnête Homme éclairé et capable de voir
plus loin, juché sur les épaules de ces aïeux. Naïf ? J’accepte
volontiers le terme. Je préférerai toujours la classe et la discrétion
élégante d’un Paul Guth à la lourdeur vulgaire d’un Cohn Bendit (pour
ceux qui se rappelle une certaine émission de Pivot en 1975).
Depuis un an, je travaille sur un projet d’école (du primaire au
lycée) privée laïque et hors contrat (donc totalement indépendante des
Diktats de l’institution) : SCOLARIA. Il s’agit de créer une “public
school” à la française. Sélection, haut niveau d’exigence et formation
morale et intellectuelle solide. A mon sens, on ne peut “sauver” la
classe moyenne de ce pays qu’en lui proposant une structure élitaire
(l’élite pour un grand nombre) et en proposant un internat, élément
indispensable à une restructuration sociale. Trois cursus seront proposés aux
parents au collège : Classique (latin, littérature), Scientifique (Maths
et Sciences renforcées), et Linguistique (dès la sixième deux langues :
anglais et chinois, échanges avec les USA et la CHINE). Des classes
relais permettront aux élèves qui n’auront pas un niveau suffisant pour
accéder directement à ces trois cycles seront également proposées pour
pallier les lacunes. Le Primaire, fondé sur le syllabisme et le bon sens (Savoir Lire, Ecrire, Compter, Calculer) favorisera l’entrée au
collège SCOLARIA.
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