samedi 3 décembre 2011

Réformer l'Ecole publique, 10 propositions - Archives juin 2009 -



Mon sentiment – pessimiste – est que l’Ecole publique ne pourra se réformer de l’intérieur. La présence des “Modernes”, comme l’a justement fait remarquer une intervenante étant massive dans les cadres de l’Education Nationale.

En effet, je rappellerai une chose aisément vérifiable : la réforme du collège unique, du ministre Haby, a été initiée en 1975 sous le septennat de M. Giscard d’Estaing. La droite était alors au pouvoir. Je soutiens que cette réforme est à l’origine de la crise du collège. En intégrant toute une classe d’âge jusqu’en troisième (objectif généreux), on ne pouvait qu’aboutir à une baisse progressive du niveau d’instruction, sans compter l’influence de plus en plus prégnante des Sciences de l’Education qui prétendait (et prétend toujours) mettre l’enfant et son savoir inné au centre du système. Conception rousseauiste et d’une infinie naïveté, cette “puerocratie” – si l’on peut me permettre ce néologisme – n’était valable en partie que si le milieu familial pouvait suivre culturellement cette évolution (bourgeoisie, familles de professeurs). Pour la plupart des familles socialement défavorisées, cette doctrine était, osons le mot , proprement criminelle, l’enfant se trouvant censé découvrir son savoir inné sans aucune aide extérieur, et encadré par des enseignants de plus en plus las et incompétents. Alors bien sur, il y a les arbres qui cachent la forêt : tel instituteur chevronné qui ici ou là dispensent un savoir de qualité à leurs élèves, des professeurs qui tiennent à eux seuls certains collèges par leur implication et leur rigueur, mais force est de constater que dans l’ensemble, le niveau d’aujourd’hui est réellement (et de façon mesurable) plus faible qu’il y a ne serait ce que dix ans. J’enseigne l’histoire géographie depuis 1989, et j’ai conservé toutes mes moyennes depuis. En dix années et à exigences égales (en quel honneur devrions nous ne pas avoir les mêmes exigences d’une année à l’autre… où bien alors devons nous admettre que le niveau a effectivement baissé et qu’il est besoin d’adapter les savoirs aux nouvelles réalités, constat d’échec dans ce cas démontré), en dix années donc, les moyennes des Sixièmes sont passées de 12.52 à 9.30, celles des cinquièmes de 13.50 à 9.45, celles des quatrièmes de 12.20 à 8.50 et enfin celles des Troisième de 11.45 à 9.11, et ce pour des classes dites “normales”, sans option particulières. Les classes à option ayant été la plupart de temps cassées (car déclarées trop “élitistes) en deux ou trois groupes incorporant dans leurs effectifs des élèves sans option, souvent les élèves à problèmes des collèges, placés au milieu de groupes “protégés” qui dès lors ne le sont plus du tout, je ne puis donner un comparatif de note rigoureux.

La droite au pouvoir a au pire initié cette modification radicale de l’enseignement, et au mieux ces dernières années a timidement revalorisé le syllabique en primaire. Décision d’ailleurs immédiatement contestée par un certain nombre d’instituteurs engoncés dans leur idéologie constructiviste.


Ainsi donc, le niveau baisse-t-il effectivement et vous avez encore de très nombreux spécialistes de l’éducation qui nous affirmeront le contraire. Nous, praticiens, savons ce qui en est.

Rêvons un peu : Réformer l’école publique? Admettons que cela soit possible il faudrait donc :


1. Instituer un examen d’entrée en sixième : Pas de collège si l’on ne sait pas correctement lire, écrire et compter. Pour ce faire une réforme en profondeur du primaire est à mener, remplaçant les activités d’éveil et les goûters par l’apprentissage rigoureux des fondamentaux permettant à l’individu de s’épanouir bien mieux qu’en le laissant se débrouiller lui même (voilà le vrai mépris). Créer une 6eme relai dans l’immédiat afin de permettre une mise à niveau de l’élève ne satisfaisant pas totalement à l’examen d’entrée.

2. C’est au collège que tout se joue. Il y faut les meilleurs pédagogues et les plus compétents. L’âge des professeurs est aussi un facteur décisif. Pas de jeunes professeurs trop peu sûrs. Le professeur doit avoir le bagout et l’expérience pour mener sa classe de jeunes adolescents naturellement turbulents. Les jeunes professeurs doivent suivre plusieurs années de tutorat dans les collèges et les lycées et se former auprès des plus aguerris.

3. Cycle commun à tout le monde de la 6e à la 4e. Trois années de formation la plus complète possible en culture générale mais une seule langue vivante apprise de façon la plus rigoureuse.

4. Première échéance en fin de quatrième. En fonction des résultats scolaires, orientation vers un lycée professionnel dont la voie doit être revalorisée, avec un cycle de quatre années sanctionnées par un BEP solide et reconnu.

5. Pour les élèves dont il est évident qu’un tel cycle, même à vocation professionnelle ne pourra conduire qu’à l’échec : il faut développer pour eux rapidement un système d’apprentissage dès l’âge de 14 ans dans des domaines vairés à définir parmi notamment les nouveaux métiers du tertiaire.

6. Il n’est pas question de subir la présence d’élèves perturbateurs au sein des établissement scolaire âgés de plus de 14 ans. Il faut dès lors responsabiliser les familles et trouver une voie de sortie très rapidement. (Nous avons aujourd’hui en troisième des élèves de 16 à 17 ans qui n’y ont strictement rien à faire). Un collège public doit avoir la possibilité d’exclure immédiatement et sans procédure un élève ayant commis un acte délictueux grave.

7. Pour les autres élèves, le conseil de classe détermine leur capacité à passer en troisième. Cette année devient une année préparatoire au lycée avec toutes les options possibles en vue du lycée général.

8. En fin de troisième, un examen d’entrée au lycée sera imposé aux élèves qui devront y satisfaire sous peine de redoublement immédiat.

9. Le lycée doit se réformer grandement. C’est aujourd’hui un vaste barnum. Pas de Seconde indifférencié. En fonction des options entrevues en Troisième, les élèves choisiront entre Seconde scientifique, Seconde littéraire et linguistique (filière qui doit être absolument revalorisée), et Seconde économique. Trois années soumises à la sanction d’un conseil de classe souverain.

10. Enfin un vrai baccalauréat, pas la plaisanterie qui existe aujourd’hui (exceptée le BAC S, encore un peu préservé), bac national, sésame indispensable à l’entrée dans une Université qui elle aussi est à refonder largement, mais je suis ici hors de mon domaine de compétence.

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