Mon sentiment – pessimiste – est que l’Ecole publique ne
pourra se réformer de l’intérieur. La présence des “Modernes”, comme
l’a justement fait remarquer une intervenante étant massive dans les
cadres de l’Education Nationale.
En effet, je rappellerai une chose aisément vérifiable : la réforme du
collège unique, du ministre Haby, a été initiée en 1975 sous le
septennat de M. Giscard d’Estaing. La droite était alors au pouvoir. Je
soutiens que cette réforme est à l’origine de la crise du collège. En
intégrant toute une classe d’âge jusqu’en troisième (objectif généreux),
on ne pouvait qu’aboutir à une baisse progressive du niveau
d’instruction, sans compter l’influence de plus en plus prégnante des
Sciences de l’Education qui prétendait (et prétend toujours) mettre
l’enfant et son savoir inné au centre du système. Conception
rousseauiste et d’une infinie naïveté, cette “puerocratie” – si l’on
peut me permettre ce néologisme – n’était valable en partie que si le
milieu familial pouvait suivre culturellement cette évolution
(bourgeoisie, familles de professeurs). Pour la plupart des familles
socialement défavorisées, cette doctrine était, osons le mot ,
proprement criminelle, l’enfant se trouvant censé découvrir son savoir
inné sans aucune aide extérieur, et encadré par des enseignants de plus
en plus las et incompétents. Alors bien sur, il y a les arbres qui
cachent la forêt : tel instituteur chevronné qui ici ou là dispensent un
savoir de qualité à leurs élèves, des professeurs qui tiennent à eux
seuls certains collèges par leur implication et leur rigueur, mais force
est de constater que dans l’ensemble, le niveau d’aujourd’hui est
réellement (et de façon mesurable) plus faible qu’il y a ne serait ce
que dix ans. J’enseigne l’histoire géographie depuis 1989, et j’ai
conservé toutes mes moyennes depuis. En dix années et à exigences égales
(en quel honneur devrions nous ne pas avoir les mêmes exigences d’une
année à l’autre… où bien alors devons nous admettre que le niveau a
effectivement baissé et qu’il est besoin d’adapter les savoirs aux
nouvelles réalités, constat d’échec dans ce cas démontré), en dix années
donc, les moyennes des Sixièmes sont passées de 12.52 à 9.30, celles
des cinquièmes de 13.50 à 9.45, celles des quatrièmes de 12.20 à 8.50 et
enfin celles des Troisième de 11.45 à 9.11, et ce pour des classes
dites “normales”, sans option particulières. Les classes à option ayant
été la plupart de temps cassées (car déclarées trop “élitistes) en deux
ou trois groupes incorporant dans leurs effectifs des élèves sans
option, souvent les élèves à problèmes des collèges, placés au milieu
de groupes “protégés” qui dès lors ne le sont plus du tout, je ne puis
donner un comparatif de note rigoureux.
La droite au pouvoir a au pire initié cette modification radicale de
l’enseignement, et au mieux ces dernières années a timidement revalorisé
le syllabique en primaire. Décision d’ailleurs immédiatement contestée
par un certain nombre d’instituteurs engoncés dans leur idéologie
constructiviste.
Ainsi donc, le niveau baisse-t-il effectivement et vous avez encore
de très nombreux spécialistes de l’éducation qui nous affirmeront le
contraire. Nous, praticiens, savons ce qui en est.
Rêvons un peu : Réformer l’école publique? Admettons que cela soit possible il faudrait donc :
1. Instituer un examen d’entrée en sixième : Pas de collège si l’on
ne sait pas correctement lire, écrire et compter. Pour ce faire une
réforme en profondeur du primaire est à mener, remplaçant les activités
d’éveil et les goûters par l’apprentissage rigoureux des fondamentaux
permettant à l’individu de s’épanouir bien mieux qu’en le laissant se
débrouiller lui même (voilà le vrai mépris). Créer une 6eme relai dans
l’immédiat afin de permettre une mise à niveau de l’élève ne
satisfaisant pas totalement à l’examen d’entrée.
2. C’est au collège que tout se joue. Il y faut les meilleurs
pédagogues et les plus compétents. L’âge des professeurs est aussi un
facteur décisif. Pas de jeunes professeurs trop peu sûrs. Le professeur
doit avoir le bagout et l’expérience pour mener sa classe de jeunes
adolescents naturellement turbulents. Les jeunes professeurs doivent
suivre plusieurs années de tutorat dans les collèges et les lycées et se
former auprès des plus aguerris.
3. Cycle commun à tout le monde de la 6e à la 4e. Trois années de
formation la plus complète possible en culture générale mais une seule
langue vivante apprise de façon la plus rigoureuse.
4. Première échéance en fin de quatrième. En fonction des résultats
scolaires, orientation vers un lycée professionnel dont la voie doit
être revalorisée, avec un cycle de quatre années sanctionnées par un BEP
solide et reconnu.
5. Pour les élèves dont il est évident qu’un tel cycle, même à
vocation professionnelle ne pourra conduire qu’à l’échec : il faut
développer pour eux rapidement un système d’apprentissage dès l’âge de
14 ans dans des domaines vairés à définir parmi notamment les nouveaux
métiers du tertiaire.
6. Il n’est pas question de subir la présence d’élèves perturbateurs
au sein des établissement scolaire âgés de plus de 14 ans. Il faut dès
lors responsabiliser les familles et trouver une voie de sortie très
rapidement. (Nous avons aujourd’hui en troisième des élèves de 16 à 17
ans qui n’y ont strictement rien à faire). Un collège public doit avoir
la possibilité d’exclure immédiatement et sans procédure un élève ayant
commis un acte délictueux grave.
7. Pour les autres élèves, le conseil de classe détermine leur
capacité à passer en troisième. Cette année devient une année
préparatoire au lycée avec toutes les options possibles en vue du lycée
général.
8. En fin de troisième, un examen d’entrée au lycée sera imposé aux
élèves qui devront y satisfaire sous peine de redoublement immédiat.
9. Le lycée doit se réformer grandement. C’est aujourd’hui un vaste
barnum. Pas de Seconde indifférencié. En fonction des options entrevues
en Troisième, les élèves choisiront entre Seconde scientifique, Seconde
littéraire et linguistique (filière qui doit être absolument
revalorisée), et Seconde économique. Trois années soumises à la sanction
d’un conseil de classe souverain.
10. Enfin un vrai baccalauréat, pas la plaisanterie qui existe
aujourd’hui (exceptée le BAC S, encore un peu préservé), bac national,
sésame indispensable à l’entrée dans une Université qui elle aussi est à
refonder largement, mais je suis ici hors de mon domaine de compétence.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire