Non non rien à voir avec la confiture... petite pause nostalgie.. Je suis repassé lundi matin rue des Fontaines. Rue des Fontaines... 1er janvier 1975...j'avais neuf ans enfance heureuse, totalement insouciante malgré le divorce difficile de mes parents. Je suis le 24ème petit fils de Mireille Pierson, issu de sa 6ème et dernière fille.. Le dernier maillon de la chaîne.. Dans un an j'aurai dix ans et je ne serai plus rien. Le premier arrière petit fils sera né, tout sera pour lui, et je retournerai dans un presque anonymat au sein de cette famille protestante pléthorique.. J'aime les 1er janvier et la période de Noël qui précède. On doit d'abord tous les cinq (eh oui dernier des cinq enfants de la sixième fille de la mère grand -vous suivez?-), chanter des chants de Noël à l'hospice de Gisors pour les "ptits vieux" (eh oui, le politiquement correct n'avait pas encore frappé). Une boite de chocolat, un chant, un sourire. Rien de fabriqué, tout dans le regard. Authentique. Pour nous, c'était le message de Noël, et on avait le sentiment d'être (un peu) utiles. Le froid, parfois la neige, la buée sur les fenêtres décorées d'étoiles dorées découpées aux ciseaux, les petites fenêtres une à une dépouillées du calendrier de l'Avant, ou les longues bougies odorantes dont on brûlait chaque jour un bout jusqu'au 24 décembre... les guirlandes et les boules colorées que l'on ressort à chaque fois de vieilles boites à chaussures, la crèche aux santons bruns et fragiles, avec ce mouton que l'on appuie sur le bord de la cheminée pour compenser sa patte disparue depuis si longtemps.. Et le matin du 25 où l'on se précipite sur le lit de maman dès potron minet pour l'ouverture des cadeaux, le déballage en lui même étant un moment d'excitation mille fois supérieur en fait que la découverte de l'objet en lui même.. C'est à neuf ans que ces moments sont les plus magiques. On ne croit certes plus au père Noël, mais on fait semblant d'y croire parce que... parce que. Et donc arrive le premier janvier. On se retrouve tous chez bonne maman, rue des Fontaines. Les six enfants et les 24 petits enfants et les conjoints . Déjeuner préparé par Génie, la gouvernante à demi pliée par le temps, ma grand mère aux aguets, général de maisonnée bruyante et heureuse. Les cadeaux sur le piano demi-queue..si nombreux , si brillants.. Je les dévore des yeux, lesquels sont les miens? Le déjeuner dure si longtemps, les grandes personnes parlent entre-elles, je les regarde, fasciné par leur grand âge, leur rides profondes et bienveillantes et leurs histoires lointaines profondes ou banales, avec parfois dans leurs yeux, comme un nuage qui passe et qui danse. Je voulais être grand, je voulais avoir leur temps. Et à mon tour réunir les miens. Plus tard. Peut-être. Trente années et plus ont passé. Si vite. Si brusques. Si cruelles parfois. Bonne maman n'est plus, sa maison non plus. La maison de mes rêves d'enfants est éventrée. Le saule sous lequel nous prenions le thé doit errer quelque part, dans des limbes incertaines. Ce lundi, la grille était ouverte, j'entrai, le pas hésitant, un ouvrier dépose ses outils. "Vous savez lui dis-je, ma grand mère habitait là. Avant". "Ah", il répond, d'un air indifférent. Je reprends : "Et que va-t-on faire maintenant ici"? "Des appartements". Je m'éloignai lentement, marchant à reculons... Puis m'en retournai. Une vie. Des vies, Des années, des siècles, et des souvenirs au loin. La mémoire des hommes.

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