samedi 3 décembre 2011

Curieux duel - Archives mai 2007 -




Ainsi donc pour la première fois depuis 12 ans, le duel du deuxième tour a eu lieu. Et pour ma part je l'ai trouvé particulièrement atterrant...


Sarkozy d'abord : ramassé sur lui même, regard en dessous, souvent décontenancé par l'incroyable culot de sa contradictrice, il a passé une soirée plutôt difficile; l'important pour lui était de surtout ne pas s'emporter ni s'énerver, ce qui aurait conforter son image de nerveux. ll y a plutôt bien réussi, en en cela le débat est une première victoire pour lui. Mais cette posture calme a affadi l'ensemble de ses propos. Il s'est montré parfois assez drôle et ironique à bon escient, pas assez pour dissiper ce malaise qui nous prenait à ce combat de coq. Il n'a fait en somme que répéter encore et encore son message politique qui tient en peu de mot : libérer le travail, les volontés, développer l'offre et améliorer la vie quotidienne par la multiplication des heures supplémentaires détaxées, sans oublier bien sûr son gimmick favori quand il parle de l'école : "rétablir l'autorité des enseignants, étudier les grands auteurs et dans une classe lorsque entre le professeur les élèves se lèvent"... Monsieur Sarkozy, je n'ai pas attendu votre injonction pour maintenir l'ordre et la discipline dans mes classes, et avec moi la quasi totalité de mes collègues. 
Enfin, je suis abasourdi par les erreurs et les approximations sur certains chiffres, comme par exemple la part du nucléaire civil dans l'électricité domestique. 50% pour monsieur Sarkozy, et....17 % pour madame Royal!!!!!!!!!! N'importe quel professeur de géographie de troisième apprend à ses élèves que la part du nucléaire s'élève à plus de 75% (78% très exactement, chiffre en constante hausse depuis des années). Je me rappelle une campagne publicitaire il y a quelques années sur les jouets de Noël où un gamin se vantait d'avoir reçu un train "nucléaire", avec ce commentaire qui suivait :"aujourd'hui 70% de l'énergie est nucléaire". Mais ni Monsieur Sarkozy ni Madame Sainte Colère ne devait avoir vu cette publicité. Je dois dire que ce débat m'a singulièrement refroidi quant à mon vote de dimanche.



Passons maintenant à Ségolène Royal. A première vue elle a plutôt dominé ce débat par sa pugnacité, son regard jouant tour à tour de la séduction aux flammes de la colère. Mais il fallait bien cela pour faire passer un débit de voix décidemment soporifique, une façon de parler mécanique et cet accent indéfinissable (poulitique) qui me fait parfois avoir envie de l'étrangler (mais c'est parfaitement subjectif et personnel). Dans la première partie elle a joué à cache-cache avec son contradicteur en additionnant les mesures économiques faisant preuve d'un volontarisme qui lui fait dire avec un aplomb formidable qu'un président peut tout y compris violer à plusieurs reprise la constitution du pays ainsi que la répartition des pouvoir nationaux et locaux. 
Et puis cette COLERE .... Parfaitement préparée, au millimètre, elle devait la placer à un moment stratégique au 2/3 d'un débat qui s'allongeait ; Il lui fallait juste un prétexte. Ce sera celui des enfants handicapés et de leur place à l'école. Le malheureux Sarkozy avait à peine ouvert la bouche pour dire qu'il fallait les intégrer au système scolaire qu'elle a explosé, Jeanne d'Arc flamboyante partant dans un délire incroyable sur l'ignominie de son adversaire et de son camp sur le sujet. Un comble quand on sait que l'insertion des handicapés (l'UPI au collège Victor Hugo en est la preuve –encore que ce sujet mériterait un article entier-),fut une des priorités du quinquennat Chirac et constitue, avec la lutte contre la délinquance routière, un des rares succès du président sortant. 
Mais il lui fallait, à la Ségo, marquer des points à tout prix, même au risque que le premier choc des images et des mots passés, les français ne retiennent d'elle que cette colère totalement déplacée. 
En conclusion, ce retour en force de la politique et de cette bipolarisation parfois forcée n'est rien d'autre qu'une façade bien miteuse cachant un vide sidéral des deux candidats dans cette lutte acharnée du pouvoir pour le pouvoir. De Gaulle est bien loin et pour paraphraser ses mémoires, je pourrais faire dire à nos deux débateurs d'hier « toute ma vie je me suis fait une certaine idée de...moi-même »

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