samedi 3 décembre 2011

A quand la fin des Sciences de l'Education? - Archives mai 2010 -



Les procès régulièrement intentés contre cette pseudo-science sont essentiellement le fait de professeurs de terrains. Cette levée de bouclier, aujourd’hui de plus en plus médiatique, n’empêche nullement les disciples de cette religion (car c’en est une) de sévir encore et toujours au sein des rectorats, des inspections régionales et des programmes officiels.
« L’enfant au centre du système », doit construire son propre savoir, dans une relation « maïeutique » entre l’apprenant et son « prof’ » qui lui permet d’accoucher d’un savoir finalement inné dans une illumination purement christique (un comble pour une idéologie largement inspirée du mouvement anarchique).
Pour résumer, fini le par-cœur, fini la relation verticale du maître qui sait et de l’élève qui reçoit. Position horizontale du professeur sans estrade, un parmi les autres, sans autorité, sans même parfois de savoir propre. L’enseignant, privé de l’aura et du prestige que devrait conférer son savoir et son statut de transmetteur devient le jouet de l’enfant roi (parfaitement bien montré par Pierre Richard dans ce film si visionnaire « le Jouet », sorti en 1976).

Pourtant si les établissements scolaires n’ont pas tous encore explosé, c’est grâce aux professeurs qui vivent une bonne partie du temps avec les élèves et ont récupéré l’autorité éducative le plus souvent délaissée par des parents dépassés et par une administration frileuse. Il ne faut donc pas s’étonner de la multiplication des « bavures » dans nos salles de classes (gifles, cris, rapports de force continuels, etc.). Il faut être particulièrement solide physiquement et mentalement pour assumer la charge d’enseignant. Les plus faibles sont piétinés. Impitoyablement. Les plus charismatiques survivent et obtiennent un calme relatif. Un enfant est un petit animal qui teste l’autorité de ses aînés. C’est ce qu’ont totalement oublié nos bonnes âmes des sciences de l’Éducation. Nous en subissons les conséquences. De plein fouet.

Zemmour "doit être exécuté"... - Archives mars 2010 -


La coupe est pleine. Par ailleurs, ce qui arrive en ce moment à Eric Zemmour symbolise parfaitement le degré de frilosité aigüe dans notre société médiatique. Comme le disait très bien avant-hier l’avocat général Philippe Bliger, depuis convoqué par sa hiérarchie, personne n’a analysé les propos du journaliste pour se demander si en effet la proportion de français d’origine africaine était celle indiquée. Il a osé parler de la délinquance africaine en France, c’est donc un boutefeu qui doit être immédiatement cloué au pilori du politiquement correct.
Malheureusement, il faut en parler, et vite, et longtemps, et de façon fouillée et précise. « Pour en faire quoi ? » disait ce matin sur RMC judicieusement Bégaudeau, étonnamment mesuré sur la sortie de Zemmour, et prêt, lui, à échanger les arguments et non les invectives ou les menaces de saisies judiciaires.
Je suis professeur de l’Education Nationale. Je suis fonctionnaire de l’Etat. Comme pour monsieur Bliger, je suis responsable de mes propos devant ma hiérarchie et je ne sais si mon droit de réserve s’applique ou non, mais je vais parler quand même.
Non, tous les actes de violences ne sont pas commis dans les écoles par des élèves d’origine africaine. Ca serait statistiquement faux. De nombreux petits « souchiens », selon le mot désormais célèbre de la si radieuse Boultedja, commettent incivilités, dégradations et sont régulièrement exclus ou soumis à des conseils de discipline. Parents débordés, ayant souvent connu eux même l’échec à l’école, mariés jeunes, multipliant les enfants et les allocations, les télévisions écrans plats et les portables et pleurant sur la crise tout en veillant au bien être de leurs bambins, ou plutôt leur propre bien être. Ces derniers assurent en effet leur tranquillité en achetant une paix sociale avec leurs enfants. Ceux-ci on leur ordinateurs dans leur chambre, surfent sur facebook et msn jusqu’à 3 heures du matin, sans aucune surveillance ou en se jouant superbement de la pseudo autorité parentale. Pas un jour sans que mes collègues confisquent des consoles de jeu ou portables cachés dans leur cartable. Ces « petits blancs » là sont avant tout des jeunes en totale perdition, sans repère, sans autorité d’un père souvent absent, couvés par un système doltoïsé et maintenu dans leur état d’enfant roi par un corps enseignant essentiellement féminin au collège.
Je peux également donner l’exemple d’enfants issus de l’immigration, souvent kabyles, asiatiques et parfois noir africains, se montrer d’excellents élèves, doués, prometteurs, polis et charmants. Ces enfants là ont pour parents souvent de braves gens qui avant tout ont donné à leurs enfants une vraie éducation, l’envie d’apprendre, de gagner l’excellence et de s’intégrer dans un monde qui à l’origine n’était pas le leur.
Ainsi chaque année voit son lot d’affreux jojos bien blancs et de grands espoirs pour l’élite française d’origine arabe, noire ou asiatique.
Une fois ce préalable posé, il faut tout de même ajouter cette vérité qui dérange tant :
Depuis quelques années, l’immigration, essentiellement noire africaine, grandit en France. Considérablement. On se retrouve aujourd’hui dans les collèges ruraux de régions autrefois peu touchée par cette immigration avec en moyenne 30 à 50 élèves (soit environ 8% de l’effectif total de mon collège) primo-arrivant, qui maîtrisent fort peu la langue et arrivent en France avec une culture allogène souvent pétris d’un Islam sectaire ou tout du moins exigeant. Cette population ne peut bien évidemment pas s’intégrer. Elle ne peut comprendre notre concept si français de laïcité. Elle heurte également profondément, il ne faut pas se le cacher, le corps traditionnel français (comme le dirait M. Longuet), de culture essentiellement occidentale et chrétienne, même fortement teinté de laïcité. Ces grands enfants, souvent d’une carrure impressionnante, on les retrouve en quatrième, en troisième alors qu’ils savent à peine lire le français, à peine écrire. Mais c’est le collège unique ! Et les bonnes âmes bobos (qui mettent leurs enfants dans le privé bien évidemment) imaginent une coexistence entre bisounours alors que nous sommes, et je pèse mes mots, devant un véritable danger de guerre civile.
Déjà dans les établissements scolaires, ces jeunes se regroupent en fonction de leurs origines dans les cours de récréation et établissent leur loi du plus fort parmi les élèves. Même les surveillants, mêmes les professeurs, même la direction en ont peur. Leurs parents ne se montrent jamais aux réunions, ne parlent pas français pour la plupart et ne comprennent pas le décalage si grand entre leur culture et, j’ose le dire, la nôtre. Les associations musulmanes, qui s’organisent remarquablement, en profitent pour tailler des croupières à la laïcité : cantine « halal », absences lors des fêtes religieuses, non mixité dans les piscines.
Méfions nous du modèle nord américain qui souvent s’est montré notre modèle. Au canada, la période de Noël est devenue taboue, on s’exclame désormais : « joyeux décembre » sans rire. En France, les vacances de Noël sont également menacées dans leur appellation, les vacances de Pâques ont disparu, remplacées par les vacances de printemps.
Enfin non, l’islamisation rampante de notre société n’est pas un fantasme ni un délire d’extrême droite helvétisante. Nous assistons en effet à un véritable remplacement de population dans certaines villes françaises. Il suffit de se promener à Paris dans ¼ des arrondissements, ou dans des villes comme Evry ou les Mureaux pour se rendre compte que les blancs « de souche » ont disparu car comme le dit très bien Zemmour, les gens ne veulent pas vivre ensemble quand leur cultures réciproques semblent si lointaines. Oui ça me gêne en France de voir des quartiers entiers de femmes voilées et d’hommes en djellaba, oui ça me gêne de passer devant une immense mosquée qui cache désormais la petite église de quartier. Oui ça me gêne de passer devant la rue Myrra à Paris et de voir 300 personnes priant dans la rue. Ce n’est pas notre modèle occidental, ni également admissible dans une France où la religion est depuis un siècle confinée à la sphère privée. Je ne veux pas qu’on m’impose la vue d’un modèle de croyance dont je n’ai que faire.
Cette violence dans les écoles n’est pas que liée à cette immigration et à ce malaise perceptible d’un changement de société et de civilisation qui se fait « malgré le peuple ». Mais elle en est un des symptômes.
Ces enfants déstructurés, abîmés, déracinés ne peuvent que répondre par une violence extrême à toute demande de normalisation de leur comportement. La violence des incultes est proportionnelle à la faiblesse syntaxique de leurs arguments. Et c’est normal.
Pour terminer, j’affirme ici et sans ambages, que l’Etat est criminel. Criminel de maintenir encore le système du collège unique en y implantant une graine allogène dont la violence va germer de plus en plus rapidement. Criminel d’abandonner les classes moyennes qui n’ont pas les moyens de placer leurs enfants dans un privé (souvent) plus sécure, criminel de vouloir imposer un vivre ensemble indigeste à une société perdue qui se voit dépossédée peu à peu de ce ses racines millénaires. Combien faudra-t-il de professeurs frappés à coup de barre de fer pour que l’on réagisse enfin ?

Wenn ich Kultur höre... entsichere ich meinen Browning - Archives mars 2010 -


 Nous en sommes à peu de choses de près au même point dénoncé (ou voulu) par Ionesco dans la “Leçon”. Un professeur ignorant et barbare, une élève qui n’apprend rien et ne sait rien, un cours vide de contenu mais qui possède “du sens”, ce fameux sens rêvé par les pédagogistes. Logique de l’absurde. Le professeur discourt savamment sur la linguistique et la mathématique supérieure. L’élève ne comprend rien, et se laisse détruire. Ionesco voulait dénoncer la brutalité nazie érigée en dogme scientifique, mais ce faisant, il augurait dès 1950 cette déformation terrible de notre temps : tout savoir imposé est fascisant par essence. la culture européenne ne sert de rien car elle aboutit fatalement à la destruction et à l’anéantissement de masse.
Puisque le savoir est fasciste, il faut l’éradiquer. L’élitisme est donc banni, l’excellence brocardée. La massification de l’enseignement repose désormais sur ce paradigme : la destruction de l’entreprise encyclopédique, coupable de tous les maux, ce qui est en soi un immense contre sens. Le nazisme se revendiquait barbare et refusait la culture, “juive” par essence (rappelons cette fameuse phrase de von Schirach sortant son revolver), brûlant l’Encyclopédie dans d’immenses autodafés.
Ce sont paradoxalement les mouvements d’extrême gauche, à la suite des analyses bourdieusiennes, assimilant culture, connaissance au conservatisme et donc, à la reproduction des élites, qui reprennent la thématique du savoir fascisant. Au pouvoir depuis la fin des années 60, partout représentée dans les médias dominants (Monde, Libération, Nouvel Observateur, et même Marianne qui n’est pas à une contradiction prête), cette gauche essentiellement trotskiste (en ce sens elle a réussi largement à se débarrasser de ses adversaires directs, communistes staliniens du PCF qui eux souhaitaient en grande partie l’élévation de la classe ouvrière au savoir, même borné au dogme marxiste), majoritaire également dans les organes décisionnels de l’Education Nationale et des principaux syndicats, a été à l’initiative du collège unique, brassant une même génération dans un désir inavouable d’éradication du savoir bourgeois. Eux seuls, en quelque sorte, issus des lycées les plus prestigieux au savoir le plus classique du monde, pouvait se prévaloir du “droit à la culture classique”. Pour le reste, le bas peuple voyait progressivement le niveau scolaire baisser jusqu’au néant le plus abyssal à mesure que se recomposait l’identité française et occidentale en une identité éco-citoyenne sans frontière, sans passé, sans racine, et sans espoir.
Ce sont ces gens là qui sont à mon sens les nouveaux criminels contre l’humanité et qu’il conviendrait de juger à la juste mesure de leurs actes.

Pas un jour.. - Archives janvier 2010 -


Enseigner n’est plus une vocation depuis bien longtemps, c’est aujourd’hui une course d’obstacles et souvent une épreuve qu’on ne pourrait souhaiter à son pire ennemi.
Ce vendredi, on m’a proposé une interview sur France 2, dans le sujet sur la violence en milieu scolaire dans le cadre de la commission à laquelle je participe. Je n’ai pas souhaité intervenir car je considérais que le collège Victor-Hugo de Gisors n’était pas, loin sans faut, l’exemple le plus criant.
J’aurais peut être dû.
Car la violence, ce n’est pas forcément un coup de couteau ou un revolver sorti d’une poche. La violence c’est aussi un quotidien, une ambiance, sournoise et veule.
Pas un jour sans voir des élèves se bousculer, s’insulter, se battre physiquement dans la cour bien sûr, mais aussi dans les couloirs aux interclasses. Pas un jour sans rapport de force entre « caïds » et surveillants pour faire évacuer des lieux « d’occupation stratégique » dans lesquels la domination du jeune chef de tribu ou de l’amazone inculte s’exerce avec une violence inouïe bien que souvent silencieuse. Pas un jour sans qu’un graffiti insulte tel ou telle professeur. Pas un jour sans que certains élèves, du haut de leur glorieuse impunité de fait grimacent, ricanent, vous narguent et se jouent de toutes les règles qui de toute façon ne sont appliquées que dans un sens, en défaveur des faibles (les professeurs, privés d’autorité factuelle, les bons élèves, terrorisés par la doxa médiocratique, les élèves à lunettes, les élèves différents, les élèves sincèrement désireux de s’en sortir et dont les familles croient encore dans la chimère républicaine). Pas un jour où il ne faut se battre pour obliger ces pauvres hères d’une société perdue à enlever leurs manteaux et se tenir correctement. Pas un jour sans qu’une administration complice d’un système moribond ne s’extasie devant la vitalité-de-cette-jeunesse-si-diverse et élève le laxisme au rang de grand art. Pas un jour sans se rendre compte à quel point le collège unique est plus qu’une faute, un véritable crime dont les coupables devront un jour rendre des comptes.
Partir, tout de suite ? Démissionner ? Tourner le dos avec mépris ? Pas encore, pas tout de suite. Ce qui me fait rester encore un peu ?
Quelques miracles quotidiens : pas un jour sans que dans le regard de certains on ne sente les lumières de l’entendement. Pas un jour sans qu’un « Bonjour Monsieur » nous rappelle qu’il y a des élèves gentils, respectueux, polis et sincères. Pas un jour sans qu’un rire complice et sain ponctue telle saillie ou telle anecdote. Pas un jour sans lire la fierté et le bonheur d’un enfant qui obtient le premier « 20/20 » de sa jeune vie. Pas un jour sans avoir l’impression que pour certains la trace du savoir se maintiendra de façon indélébile. Pas un jour sans qu’en salle des professeurs on ne s’étonne dans le bon sens d’une remarque ou d’une copie prometteuse. Profitez en braves gens, ces miracles ne dureront plus très longtemps.
Ce dualisme schizophrène est l’essence même de notre métier. Je quitte une classe infecte, remplie de sauvageons perdus à jamais pour retrouver après une classe d’élèves d’une exquise urbanité, et remplis du désir d’apprendre.
Je le dis tout haut, les professeurs sont les derniers héros d’une mythologie qui s’effondre avec fracas dans les sables mouvants de la démagogie « citoyenne » et de la lâcheté communautaire.

Pavlov - Archives décembre 2009 -


  Je sors d’un cours de sixième. Classe sans histoire, moyenne correcte à 12, très bonne tête de classe, vivante, intéressée et souvent dynamique. Mais ce matin la désillusion fut forte. Je fais étudier les Hébreux. Alors que les Égyptiens et les peuples de la Mésopotamie ne sont pas bien loin (un mois au plus), je demande candidement quelles furent les deux grandes leçons précédentes. Incapables de me répondre. Ils avaient absolument tout oublié. Se rappelaient de Ramsès II oui, mais pas de l’Egypte. Se rappelaient du palmier dattier oui, mais pas de la Mésopotamie. Le détail mais pas l’essentiel. Car finalement c’est ainsi qu’ils ont été éduqués par le primaire. Acharnement sur des détails pris sans cohérence et jamais de cadre général, jamais de structure. “La libre auto cognation”. Après avoir commencé par le milieu naturel en Palestine, je leur fais lire a phrase suivante de mon cours : “Les Hébreux durent défendre leur “  promise” contre leurs voisins Philistins, Cananéens, mais aussi contre d’autres sémites restés nomades, tels par exemple les Araméens du Nord. La langue de ce peuple était parlée par tous les commerçants du Moyen-Orient et a été la langue du Christ”.
Certes la phrase est complexe, aussi je m’attache aussitôt à en dégager le sens et je pose benoîtement la question suivante : “D’après cette phrase, quelle fut la langue du Christ”. Les réponses fusent : “Grec (!)”, Hébreux  “Moyen Orient”, “commerçant”. Je m’aperçois vite que le mot “langue’ ne passe pas, je parle alors de “langage” et j’entends comme réponse : “pêcheur” (j’ai parlé un peu plus haut des activités des Hébreux), mais rien à voir avec la question. .. Il a donc fallu que je fasse un cours de grammaire sur la nature et la fonction des mots. Je me suis senti si vide… Autre chose, je fais étudier la carte de la Palestine. Au sud la Judée, au centre la Samarie, au Nord la Galilée. Cette dernière est donc au contact des Araméens “du Nord”. Je demande donc dans quelle région le Christ (dont nous venons de parler de la langue natale) est-il né, Réponse spontanée des élèves : “la Judée”…. Aucune réflexion, aucun temps de méditation. Seule la réponse spontanée, pavlovienne, compte à leurs yeux. Et c’est en primaire qu’ils ont pris ce pli abominable. “Mieux vaut répondre quelque chose même faux que rien, vous apprendrez de vos erreurs” leur serine-t-on dans les petites classes. Et nous apprenons donc à gérer tous les jours la vacuité de leur “spontanéité”.
Je leur ai demandé de commander le BLED pour Noël et de faire 15 minutes d’exercices par jour. Leur professeur de français, fraîche émoulue de l’IUFM (non défunte encore Roman hélas), ne leur donne aucune note en dessous de 16, ne fait aucune grammaire en classe et passe son temps à leur faire étudier des poèmes.
Alors je suis en colère et je voue aux gémonies ces prétendus professeurs des écoles, ces pédagos lamentables, ces pauvres professeurs sans aucune expérience et sans aucune culture réelle qui osent prétendre enseigner à nos enfants. Quel gâchis que ces 30 dernières années. Mais on sait très bien quel en est le but : vider le cerveau des jeunes générations de tout esprit critique et de toute compréhension du monde et les manipuler à la guise d’une “élite” intellectuelle soixante-huitarde que je n’hésiterais absolument à juger pour haute trahison s’il m’était donné d’en avoir le pouvoir.
ASSEZ.
ASSEZ.

L'identité nationale ne se décrète pas. - Archives novembre 2009 -


« Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France ; ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la Fête de la Fédération. »

Marc Bloch, L'Étrange défaite (1940), éd. Gallimard, coll. Folio Histoire, 1990, p. 198.


Depuis une trentaine d'années, on assiste à une déconstruction affichée de notre histoire et de ce qui a constitué « l'âme de la France ». De l'historienne afro-centriste Suzanne Citron qui affirme que la France a toujours été une terre métissée, jusqu'aux derniers propos tenus par Martine Aubry, prétendant que les valeurs qui font la France ne sont ni culturelles ni religieuses, la machine à broyer nos consciences est en marche et rejette à l'extrême-droite toute tentative de relier nos racines à un passé lointain.

L'identité nationale ne se décrète pas. Elle n'est pas le fruit d'une génération spontanée autour du seul fait de posséder une carte nationale d'identité.

Il serait temps de rappeler un peu quelques points nébuleux de notre histoire.

Bonaparte disait, au premier jour du Consulat : « De Clovis au Comité de Salut public, j'assume tout ». Les « rois qui ont fait la France », selon la formule de Georges Bordonove, assumaient au moment de leur sacre l'âme de la France et son héritage.

Mais de quel héritage s'agit-il ? Et quelle est cette « âme » dont nous parlons ?

La Gaule celte d'après Vercingétorix s'est parfaitement acclimatée au syncrétisme romain. L'intelligence des Romains a toujours été de s'appuyer sur les élites locales, tout en respectant le fonds religieux, et d'apporter le confort d'une société urbaine remarquablement structurée et équipée. Certes, des soldats romains se sont parfois installés sur des terres gauloises, mais en nombre raisonnable et la cohabitation fut en général calme et fructueuse. Rome a d'ailleurs connu un empereur né à Lyon (Claude, 41-54) et un empereur gaulois (Galba, 68-69).


Un évènement considérable est à prendre en compte : c'est la victoire du christianisme sur le paganisme à partir des IIIe et IVe siècles. D'abord religion des esclaves, séduits par la perspective d'une vie éternelle de félicité après une vie misérable, le christianisme s'introduisit au cœur de la domus romaine et des villae rurales, convertissant patriciens puis plébéiens. Durement réprimée dans un premier temps (les autorités romaines comprenaient difficilement une religion qui excluait toutes les autres), l'Église chrétienne eut ses martyrs, sous Domitien notamment (81-96), et non, comme on le croit trop souvent, sous Néron (54-68), dont le règne fut déconsidéré par les historiens de la dynastie flavienne pour mieux justifier cette dernière, et par la littérature du XIXe siècle (Quo Vadis). Petit à petit cependant, la force morale de ses martyrs et l'action continuelle d'évangélisation par les évêques ont fini par toucher les paysans gallo-romains (le mot « paysan » vient d'ailleurs du terme « païen » car ce furent les derniers à être évangélisés ; leur foi n'en fut que plus profonde).

Les cadres administratifs de l'Église catholique se superposèrent bientôt à ceux de l'administration romaine et au IVe siècle, la romanité se confondait avec la Chrétienté.

Ainsi donc, l'âme de la Gaule était intimement entrelacée de cultures celte, romaine et chrétienne, au cœur d'une population à très forte dominante celtique.

Au Ve siècle, les grandes invasions qui ont entrainé la chute de l'Empire romain d'Occident ont été le fait de tribus d'Europe centrale, poussées par les Huns. Cette « immigration » n'a jamais représenté plus de 5 % de l'Occident romain. Parmi elles, les Francs, installés en Belgique actuelle et sur le Rhin depuis le IIIe siècle, faisaient figure d'alliés du peuple romain auquel ils n'étaient pas soumis (« franc » veut dire « libre » en langue germanique). Mérovée, le grand-père de Clovis, s'est d'ailleurs distingué aux côtés du général romain Flavius Aetius dans la dernière grande victoire de Rome aux Champs Catalauniques sur les Huns d'Attila, en 451.

Les Francs étaient encore païens, et ce détail eut une importance extrême.

En effet, la plupart des royaumes barbares qui s'étaient constitués après 476 sur les terres gallo-romaines était gouvernée par des élites certes chrétiennes, mais de confession arienne. Arius était un évêque hérétique qui prônait un Christ homme et non dieu. Sa doctrine fut dénoncée, notamment au concile de Nicée (Asie mineure) en 325. Burgondes, Wisigoths et Alamans, pour citer les principaux peuples germaniques installés en Gaule, étaient tous trois ariens. Cette situation explique en grande partie la sourde opposition de la population majoritaire gallo-romaine, qui n'acceptait pas cette domination hérétique. Si l'on ajoute que ces royaumes pratiquaient un apartheid de fait (lois romaines pour les Gallo-Romains, lois germaniques pour les barbares, aucun mariage mixte, etc.), le mythe récent d'un mélange gallo-romano-germanique se trouve aisément battu en brèche.

La grande intelligence de Clovis, comme l'ont très bien montré à la fois Pierre Riché, qui fut mon professeur à Nanterre, et l'immense historien Georges Tessier, fut, instruit par l'évêque Rémi et conseillé par son épouse burgonde, Clothilde, elle-même catholique malgré son père, de comprendre que la population gallo-romaine se livrerait à celui qui respecterait sa croyance, le catholicisme étant intimement lié au sentiment de romanité, toujours présent et rassurant dans ces temps troublés.

Le 25 décembre 496 (ou 498, les historiens se divisent sur la question), Clovis, ainsi qu'un millier de ses guerriers, se convertit au christianisme catholique. Par ce geste, Clovis devenait l'allié objectif des évêques et disposait du soutien désormais acquis de l'ensemble des Gallo-Romains qui en firent une sorte de libérateur à mesure qu'il s'emparait du royaume des Alamans et des Wisigoths.

Ce baptême fut ainsi l'acte fondateur d'un nouveau contrat entre la Gaule ancienne et l'âme germanique des Francs. Largement minoritaires, ceux-ci se fondirent dans le creuset gallo-romain. Mais les trois dynasties franques (mérovingienne, carolingienne et capétienne) furent désormais légitimes aux yeux du peuple pour les gouverner.

Il serait donc absurde de nier les racines chrétiennes de la France.

Au VIIIe siècle vint l'invasion arabe. S'emparant de la plus grande partie de l'Espagne en 711, les « Sarrasins » poussèrent vers les Pyrénées pour pénétrer au nord de l'ancien royaume des Wisigoths, en Aquitaine. Ils furent arrêtés en octobre 732 par le Maire du Palais d'Austrasie, Charles Martel, véritable maitre des Francs (les derniers rois mérovingiens étaient souvent des adolescents que l'on sortait du couvent pour figurer sur le trône). Poitiers retentit donc longtemps comme l'acte de résistance des Francs chrétiens contre l'invasion des Arabes musulmans.

Une petite musique voudrait nous faire entendre ces dernières années, souvent pour des motifs politiques de paix sociale dans nos banlieues, que le contexte de 732 n'était pas « national » et que les Arabes venaient apporter les bienfaits de leur civilisation, et la retranscription des grands auteurs grecs à un Occident obscurci par la barbarie germanique.

Certes, Charles Martel n'avait peut être pas conscience de défendre l'Occident chrétien face à l'Islam, mais la bataille de Poitiers a permis d'unifier les royaumes francs sous son autorité et de préparer la renaissance carolingienne conduite par son petit-fils Charlemagne.

Quant à la civilisation musulmane, s'il est vrai que le califat de Cordoue fut une curieuse expérimentation de cohabitation juive, chrétienne et musulmane (encore que celle-ci ne fut pas aussi productive que le pense Amin Maalouf dans son ouvrage Les croisades vues par les Arabes ou que le montre le cinéaste égyptien Youssef Chahine dans son film lumineux Le Destin qui raconte la vie du philosophe Averroès), ce « miracle andalou » se produisit bien après l'époque de Charles Martel, vers le XIIe siècle.

Soyons clairs, à l'apogée de la civilisation arabo-musulmane, j'aurais préféré être soigné par un médecin syrien qui aurait apposé un emplâtre à ma jambe infectée que par un médecin franc qui me l'aurait (mal) coupée.

Mais il serait malhonnête de faire croire que dans le même temps, l'Occident nageait dans les ténèbres. Alcuin, Eginhard, le miracle carolingien, la renaissance de l'esprit antique, on doit largement tout cela à l'action profonde de l'Église chrétienne qui lance les réformes clunisienne puis cistercienne, ces monastères du savoir, vecteurs des philosophies chrétiennes. D'autre part, en imposant la trêve de Dieu, qui limitait les jours de guerre, ainsi que la paix de Dieu, qui interdisait les guerres privées, l'Église catholique a largement contribué à la renaissance occidentale après les temps difficiles du Xe siècle. L'Europe se couvre d'un blanc manteau d'églises, selon la formule de Raoul Glaber, et bientôt, les grandes cathédrales gothiques dressent leurs flèches imposantes vers un ciel qu'on sent désormais plus serein. L'architecture occidentale retrouve ainsi ses lettres de noblesse.

La deuxième vague d'invasion barbare ne transforme pas véritablement le vieux creuset gallo-romain. Les Normands ne sont pas nombreux et surtout, après 911, se convertissent largement au catholicisme et en deviennent les grands défenseurs, après en avoir été les bourreaux pendant un temps (« De la terreur des Normands, Seigneur, délivrez-nous. »).

Ainsi, tout au long du Moyen-Âge, la France s'est constituée autour de deux valeurs essentielles : la romanité et le catholicisme. Cela est si vrai que chaque empire en Europe, et ce jusqu'à l'Union européenne, s'est fondé sur la volonté parfois même inconsciente de reformer l'ancien âge d'or de la Pax romana. Je rappellerai également que l'Union européenne a largement été initiée par le centre démocrate-chrétien (le MRP en France par exemple).

Nous aurions beaucoup à dire sur les contre-sens et les préjugés sur l'Inquisition ou la Reconquista espagnole. Ces idées reçues tirent leur source du développement des Lumières philosophiques du XVIIIe siècle. Il n'est pas question de condamner ici Voltaire, Diderot ou Rousseau, mais de rappeler que si nous leur devons les concepts de tolérance, de liberté, d'égalité, de fraternité et d'instruction, ces valeurs existaient déjà chez nombre de prêtres de l'Église romaine dont le concept, ne l'oublions pas, se fonde sur le choix, le libre-arbitre et le doute.

Les Lumières et la Révolution française ont initié dans leur critique de l'absolutisme garanti par le catholicisme un mouvement de rejet généralisé de « l'Ancien Monde » féodal qui en fait n'existait plus guère que dans les esprits. Les capétiens avaient imposé un modèle centralisé, et depuis Richelieu, la féodalité avait largement reculé.

On peut certes reprocher à la France monarchique sa trop grande bureaucratie, son administration pléthorique et son inefficacité chronique à faire rentrer les impôts, ainsi que des privilèges devenus au fil du temps insupportables pour les Français. Mais rappelons quand même que la situation n'était pas aussi simple. 80 % des paysans étaient propriétaires et, dans l'ensemble, les Français du XVIIIe siècle vivaient bien mieux qu'au siècle précédent, ce qui d'ailleurs explique leur frustration et leur colère lorsque les récoltes des années 1786-1788 furent si désastreuses, le spectre de la famine ressurgissant brusquement. Les dépenses somptuaires et l'éloignement de la Cour à Versailles firent le reste.

Peut-on se féliciter qu'au bout de deux cents ans de révolutions et de plus de cent trente ans de République, la situation ne soit guère différente de celle qui prévalait à la veille de 1789 ? Les privilèges de certains ont largement remplacé ceux d'antan.

Les philosophes et la Révolution française ont voulu éradiquer la religion chrétienne du sol français, sans totalement y parvenir. En 1945, nombreux étaient les Français qui allaient encore à l'église le dimanche, malgré l'offensive des « hussards noirs de la République » et de la séparation de l'Église et de l'État en 1905.

C'est essentiellement l'action communiste d'après-guerre, médiatiquement impressionnante et d'une efficacité redoutable, comme l'a fort bien montré Maurice Druon dans La France aux ordres d'un cadavre qui, peu à peu, en tenant l'Éducation nationale et les rênes de l'administration, a procédé à une déchristianisation de surface. Les communistes ont été rejoints, puis dépassés dans la surenchère par les intellectuels trotskistes, qui ont largement fait Mai 68.

Présents dans les médias, dans les associations antiracistes et longtemps majoritaires au sein de l'Éducation nationale, ces groupuscules ont établi un terrorisme intellectuel formidable en transformant l'histoire de France, que nul n'apprend plus depuis 30 ans, puisque ces derniers sont à l'origine des « nouvelles pédagogies » sur l'éducation. Le savoir étant d'essence bourgeoise et « de classe », il fallait encourager la spontanéité de l'enfant qui devait « construire son propre savoir » dans un salmigondis rousseauiste mal digéré. Le problème est que ces gens sont aujourd'hui l'Éducation nationale et forment une forteresse inexpugnable que seul un raz-de-marée d'exaspération pourra emporter.

C'est dans cette mouvance d'extrême-gauche, voire d'ultra-gauche, que nous trouvons ces pseudo-intellectuels en général appuyés par des sociologues, tel l'insupportable Dominique Wolton. Leur doctrine ?

La France est par essence coupable de grands crimes : les bûchers des sorcières, l'esclavage, la colonisation, Vichy, le 21 avril 2002. Comme l'a parfaitement décrit Pascal Bruckner dans Le sanglot de l'homme blanc, la majorité doit battre sa coulpe et accepter sans sourciller une repentance généralisée sur tous les sujets. Et Houria Bouteldja, porte parole des « Indigènes de la République », exige des « souchiens » , c'est-à-dire des Français de souche (jeu de mots volontairement douteux) de s'africaniser, de se métisser, d'autres encore réclament l'adaptation de la République à l'islam.

La tradition française est l'assimilation des minorités au modèle français. Ce fut le cas de toutes les immigrations jusqu'en 1950. Ce modèle assimilationniste est désormais caduc.

Nous entrons dans un modèle à la britannique (instauré Outre-Manche malgré le discours prophétique d'Enoch Powell, en 1968) du multiculturalisme qui ne convient absolument pas aux racines profondes de l'identité française.

C'est pourquoi le débat actuel essaie de nous vendre une identité « à la carte ». Les uns s'arrêtent à la simple possession de papiers, d'autres essayent vainement de s'inscrire dans une tradition d'accueil largement infondée.

La vérité est que ce débat est d'avance tronqué. Il faut tout d'abord rendre la France à son histoire et l'enseigner à nouveau à nos enfants.

Je suis un enseignant fidèle à la laïcité. Un enfant de la République, un enfant de la Révolution, un enfant des Lumières, mais aussi un enfant des capétiens, de l'Église et de nos peintres, de nos sculpteurs et de nos écrivains, et j'assume tout. Les victoires comme les défaites, les héros comme les salauds, les apogées et les périodes les plus sombres. C'est cela, être français. Si vous ne vous y reconnaissez pas, mademoiselle Bouteldja, peut-être ce pays, finalement, n'est-il pas fait pour vous.

Inspections.. - Archives novembre 2009 -



Quelques nouvelles de “l’Education nouvelle” … Hier jeudi, inspection de l’ensemble des professeurs d’anglais du collège. Un grand monsieur très digne, sosie de John Clesse sorti tout droit d’un “poisson nommé Wanda”, aussi fait pour être prof que moi pour être bonne sœur (quoique…). Mes collègues fabriquent un cours “formaté IUFM” pour lui plaire, auquel les élèves ne comprennent goutte : “M’dame on comprend rien à votre cours aujourd’hui”.
Puis, entretien l’après midi, et là la grande nouvelle :

1. Les professeur d’anglais doivent travailler ensemble et abattre un boulot qui, si on écoute ce grand échalas leur supprimera toute vie privée pendant les 60 prochaines années,
2. Il faut gérer l’hétérogénéité de la façon suivante : le système de notation doit être entièrement revu et créer des groupes de niveau (!!) dans chaque classe, et leur donner des contrôles correspondant à leurs niveaux : par exemple au groupe faible il sera demandé un exercice simplissime sur ordinateur. Au groupe des forts il sera proposé un exercice plus ardu. Ainsi, résultat des courses, un élève nul aura 18/20 notre qui correspondra à un exercice niveau CE1, et un élève fort aura 17/20 s’il réussi un exercice de niveau presque seconde. On supprime donc la différence “infamante” de niveau sur la simple notation. On imagine aisément l’indignation des bons élèves qui se retrouveront avec des notes inférieures aux nuls!
3. Cette prise en compte de hétérogénéité en instituant des groupes de niveaux devrait être étendu à toutes les matières. CQFD : le niveau va monter brave gens, les moyennes vont exploser vers le haut….
Dors mon petit mammouth, dors…